Emmené par les flots, noué dans une fibre dense, un maillage visqueux m’emporte au loin. Ceux qui parlent de lâcher prise ne se sont toujours pas rendu compte qu’ils n’ont jamais rien eu dans leurs paumes. Nimbé dans un ordre rigide ils pensent embrasser le chaos libérateur en cédant à une balade imprévue dans le parc du coin de la rue un samedi après-midi. Mieux vaut sentir le sel sur mes plaies plutôt que vivre leur captivité complice.
Il m’aura fallu plus de crépuscules que d’aubes pour me décider à prendre le vent vers l’ouest. Un sac et un esprit aux pensées sauvages, j’irai sur la dentelle de la côte noyer la ville en moi. Depuis des jours les pavés sentaient l’iode, mes sens refusaient le béton, la harde du trottoir m’avait rabattu dans mon être le plus intérieur. Île baignée par l’entropie du monde je dois te faire voir le large. Toi les deux pieds dans le ciment tu verra l’horizon demain, celle qui ne s’arrête pas, celle qui court du soir au matin, celle qui touche avec les larmes d’un couché de soleil.
Il s’est passé plus d’heures que de souffles sortis de ma bouche. Et le temps d’oubli dans les plis de l’eau, la rive m’a quitté après un léger aurevoir crié face au vent. C’est ici que je me trouve, que je me suis trouvé, au milieu d’un vide plus vaste que tous ceux que je plains, j'accoste aux berges de ma tête agitée.
La vue est belle puisqu’elle est identique dans toutes les directions. J’ai fait le tour de tout ce que j’avais découvert. J’ai attendu que ce rocher s'attendrisse en sable. Mais maintenant que tout est ici, que tout est moi, le vide qui m’avait porté calmement jusque là s’agite. Il se lève et s’affaisse encore et encore, se gonfle et gronde. Il s’introduit par ma gorge et irrite mes yeux. Il faut partir, déjà l’autre fois j’avais saisi que la paix nous laisse la rattraper qu’en voyageant.
09. 01. 2024 JOUR 03