D’un heureux, paraîtrait-il, hasard on se rencontre. Il ne faut qu’un prétexte, une invention théâtrale, un début d’histoire qu’on veut raconter à tout prix. Mais il n’y a que l’histoire qui se raconte pas la vie elle-même. Cette dernière est bien trop décousue, éclatée en de miroitant fragments éparses, elle n’a que faire de la commodités des anecdotes et autres chroniques. La vie telle qu’elle arrive ne trouve pas grand intérêt à être contée de la sorte. On ne la comprend pas. Elle nous échappe. C’est alors que l’histoire, la légende, le mythe et le fait-divers ont été fabriquées comme les rennes, muselières et autres œillères de la vie. Avec cet attirail on devient cochet de ce qui se passe, s’est passé et même faire croire à ce qui se passera. L’arme la plus affûtée pour lacérer le non-sens, pour scinder le vide en blocs que l’on empile pour bâtir les murs de nos cults.ures.
Le hasard n’appartient qu’à la vie, jamais aux histoires, s’il est invoqué c’est seulement pour nous laisser rêver à un ordre supérieur hors de notre portée, ou pour tenter de sublimer une fragilité accidentelle qu’à la vie de croiser les chemins de ses errants. Dès lors naît une attache, une mission et on se met à croire pour le hasard, il devient un trésor précieux fondateur. C’est parce qu’on relève ce hasard vertigineux qu’on se convint qu’il n’est pas là … par hasard, pour rien. Tout comme l'innocence, sa prise de conscience marque le point de sa découverte et de sa perte simultanée. Le hasard est omniprésent et c’est justement quand on le laisse passer, inconnu, insensé, inintéressant qu’il existe. Il suffit qu’on l’interpelle, qu’on le remarque et alors on le corrompt, on le force à s’insérer dans un tissage qui vient de et qui va quelque part. Il n’est donc plus hasard puisqu’il est choisi et devient sacré au sein d’une légende personnelle. Je ne ferai pas de mon amour l’apôtre du hasard. Ce n’est pas par hasard que je t’aime, pas plus que par volonté ou sens. Mais seulement par vérité de la chair qui transpire, du souffle qui s’écourte et des pensées qui s’envolent.
10. 01. 2024 JOUR 04