Ce qui nous va comme, qui nous sied. Une apparence que l’on revêt, qui révèle notre identité au monde et à soi. On se modèle dans cet artifice extérieur pour que l’alchimie nouvelle incarne notre intérieur. La parure, l’apparat fait pour tout autre que nous semble alors n’avoir soudainement plus aucun destinataire alternatif. Nous en sommes l’unique destiné. Puis l’accoutrement fortuit se change progressivement en masque, fondant comme un goudron frais sur votre peau, brûlant le moindre résidu d’autres fragments de personnalité. Table rase de la nuance, des aspérités, des paradoxes. Nous voilà enduit d’une couche solide, stable, concrète. Identifiable dès sa silhouette, on nous reconnaît aussi facilement qu’on se reconnaît. Mais nous sommes à ce moment pétrifié, vitrifié, engourdi de la plus grande inertie, il nous est plus possible de nous mouvoir. Nous sommes seulement livré à l’érosion lente qui verdit nos anfractuosités et émousse nos arrêtes. Depuis notre cristallisation nous ne coexistons même plus entre écorces et entrailles, nôtres être intime et profond n’est alors plus seulement étouffé sous l’épaisse croûte en surface mais il a disparu, évaporé dans notre transformation en ce monolithe de verre. La transparence nous traverse, nous ne donnons pas vue sur un cœur mis au jour mais seulement ce qu’il y a autour de nous. Cette silice calcinée n’est pas un écrin mais tout au plus un miroir déformant. Voici le gant qui nous allait si bien, à nous, pour nous et personne d’autre comme nous aimons le croire. Nous en avons fait un absolu pour édifier notre statue, pour trouver notre paire, sinon quoi nous n’avons pas de sens. Nous nous destinons à un second bloc qui s’est figé à notre pareil. Deux êtres gagnés par la peur de ne pas trouver leur place en raison de leur inclassable existence mouvante s’en sont alors remis à ce qui pouvait, un instant, les définir pour se sentir entier à tout jamais. Tu ne me vas pas comme un gant, je ne suis pas la moitié d’un tout bétonné. Tout comme tu ne l'es pas non plus. C’est pour cela que je t’aimerai toujours à la façon de deux feuilles emportées dans la même brise j'essaierai toujours de me faire envoler à tes côtés.
28. 01. 2024 JOUR 22