C’est une de ses journées rugueuses, une de celles qui passent en grinçant tellement qu’elles nous éraflent à chaque secondes. Et le battement de son cœur n’est plus rebond de vie mais tambour haletant dans ses tempes. Une des premières traversées de maladie pour lui. Marqué par le grand événement d’éviter l’école, l’annonce d’un jour différent. Un jour d’intériorité, celle du foyer, du lit mais surtout du corps et de l’esprit assailli par les vagues tantôt gelées tantôt ardentes. Prostré par la respiration moite, par l’étau qui se sert spasmatique autour de son crâne.
Il en va d’un voyage soumis aux intempéries, un marin inexpérimenté balloté sur son radeau. Mais celui-ci à trouvé une voile pour naviguer dans les remous. L’enfant aura même saisi la lumière pour repousser l’orage. Dans la chambre avalée par la pénombre grasse et huileuse, en tailleur il a fait d’un drap et d’une lampe un temple où il prie son imagination de le guider jusqu’au calme sommeil. C’est dans ce repli de couette qu’il voit loin, plus loin qu’à travers n’importe quelle fenêtre qu’il connaisse. L’air lui paraît frais et la place infinie. C’est alors qu’au détour d’un angle du chapiteau un brin de fil se dévoile. La curiosité attisée il tire la laine qu’il vient découvrir. A chaque centimètre ramené en une pelote grossissante il sent tout son lit tracté par le fil. Le parquet craque, le sommier tremble, le petit garçon est emporté avec toute son embarcation. Sous le drap il distingue de nouveaux lieux peuplés de silhouettes. Les rires, le bruit d’un ballon dans lequel on frappe, il reconnaît ses amis d’un après-midi de printemps. Puis vient une odeur animale, la forme d’un homme portant un enfant sur les épaules, cette journée avait été chaude et longue. Y succède une grande table, l’ombre des plats laisse croire à un banquet, toutes les places sont prises et l’agitation de fête anime la scène s'effaçant progressivement. Puis maintenant c‘ est un autre lit, parallèle au sien, qui s’avance. Un profil d’une femme se détâche d’un drapé. La tête soutenue d’un oreiller elle a le souffle intense et une main sur son ventre rond. Malgré ses difficultés, sa présence est rassurante, familière. C’est au moment d’un sursaut de cette femme que le garçon arrive au bout de la ficelle, elle est bloquée. Il a beau tirer encore et encore rien n’y fait, il est au bout, sa pelote est complète. De l’ autre côté du voile elle souffle, expire avec vigueur, crie et lutte. Jusqu’à une intensité effrayante pour l’enfant. Au plus haut des spasmes un pleur retentit. Il est là, lui même maintenant en larmes face à lui même couvert d’un drap. Tous deux tremblent, frissonnent. Mais d’un même geste deux bras entrouvrent la porte et les entassent. S'extrayant du linge, le petit garçon redécouvre sa chambre dans l’ambre du soir, une main maternelle posée sur son front. Il a trouvé la berge mais par le voyage il a été changé par cette halte existentielle précoce.
12. 01. 2024 JOUR 06