Je suis bloqué là, à l’intérieur avec les autres. La pluie se colle aux vitres, tout se déforme et se contorsionne à travers l’eau perlant à la frontière d’un dehors éblouissant. Aujourd’hui le temps est sombre, les autres se bousculent et s’agitent dans un silence lourd. Mais il fait souvent beau, puis d’ordinaire on voit clairement l’extérieur s’étendre jusqu’à l’horizon, on peut avec aisance rester assis face au dehors sans se lasser, sans qu’on nous interpelle, sans que le temps, ne soit long et douloureux. Mais depuis quelques mois il ne m’est plus possible de satisfaire mon admiration à l’égard de ce qui fait le monde de l’autre côté de ce prisme, ils s’insurgent et me culpabilise, paraît-il qu’il ne fait pas sens de se tenir si impassible, aspiré vers l’extérieur, paraît-il que ce n’est pas de la sorte qu’on fait tourner le monde. Ils sont toujours le dos tourné à ce portail vers ce qu’on ne peut toucher et pourtant sentir, percer d’atmosphère et de rebonds de lumière. La moitié du temps on est contraint à l’ obscurité absolue et aux résonances bruyantes des pensées. Alors j’enrage passivement de ne pas les voir river constamment sur l’ondulation des brins d’herbes au vent, sur les éclats de la seine, sur l’ombre d’un cil sur une peau. De ma paix il m’en font une croisade, de mon rituel il m’en font un geste militant. Il en va de soit que la fenêtre nous ouvre au beau, qu’elle libère de la salle renfermée où croissent les faux adultes. Ce sont mes yeux face au miracle de tout ce qui est frappé par la lumière, ce sont mes miroirs que je souhaiterais sans teint qui abritent un enfant devant la fenêtre. Aujourd’hui encore ils ne l'écoutent plus.
Aujourd’hui il pleut sur mes vitres.
03. 02. 2024 JOUR 28