Il est las, posé sans tenue, d’un port oblique lourd, on en perçoit presque le bruit de sa colonne qui craque encore. Sur une table ou un lit, un rebord de fenêtre ou qu’importe, on ne discerne qu’une masse montée sur un plateau, cette dureté s’adoucît d’un drapé sale et rustique semblant bercer sa tête engourdie. C’est un corps qui s’est mis en pause, une veille de gardien de phare, il guette au confin de la vitre qui lui fait face. Sa chaire inerte, aux teintes de coups dans les côtes, se pétrifie peu à peu. Ses yeux reflètent le semi vide de l’horizon. Il attend comme impatient de la saignée du chirurgien, curieux d’être objet mis à nue dont on retire la mue. Une éclosion forcée d’un bourgeon qu’on effeuille pétale après pétale. Il patiente, alerte au voyage imminent, il inspire comme si ses poumons étaient ses seuls bagages. Lentement il s’ouvre un chemin de ses tempes battantes à son cœur tremblant, une voix naît. Il trempe progressivement ses yeux à travers la glace lui faisant face. Passant les oreilles puis tout son cou, il s’immerge totalement, fondu dans le vers pâteux. Il n’était que le reflet rappelé par son propriétaire.
Oublié par le quotidien, ils se retrouvent par mégarde un matin lorsque surpris par ce qui vit dans les vitres et les miroirs je décide de récupérer ce que j’y avait perdu.
Un soir prochain c’est lui-même qui repartira par lassitude, il fera de moi son inconnu. Profitant du pont qu’elle à fait naître grâce à ses profonds yeux marrons, je m’y abandonne. Et je m’y retrouve.
06. 02. 2024 JOUR 31