Assise sous la faible ombre d’un parasol, l’été se dessinait long et radieux, il posait une chaleur d'étuve sur la ville. La vieille maison et son jardin n'étaient pas épargnés, l’air immobile arrêtait le temps, personne ne bougeait, le confort se trouvait péniblement dans un état entre végétatif et contemplatif. Les fruits de la corbeille attiraient de rares moucherons battant l’épaisse atmosphère de leurs invisibles ailes. Elle avait passé l’après-midi là, entre dehors et dedans, le fauteuil fatigué du salon avait été tiré au-delà de la baie vitrée, deux pattes dans l’herbe du jardin. La table d’appoint, habituel support de tasses de café, l’avait suivie et se retrouvait chargée de l’ancienne corbeille. Les pieds sur le gazon.
L’été lui apparaissait comme le bout de l’oubli, un moment suspendu de jours mêlés, noués les uns dans les autres. La chaleur y jouait certainement un rôle, cette sensation de vie sous cloche, une expérience coupée du cours des choses. Elle était arrivée à un âge où on pensait autant aux temps passés qu’à ceux à venir mais beaucoup moins à celui devant nos yeux. A vrai dire la maison familiale désertée ne laissait pas vraiment de place aux idées nouvelles d’avenir ainsi qu’à la vie présente. Le futur était couvert d’un orage mutique sans grande percée de lumière. Maintenant était agité par toutes les histoires qui cherchaient à remonter à la surface. Une foule semblable à une nuée d'insectes enchaînait des scènes d’un théâtre de la banalité. Les uns chassant les autres avant qu’ils n'aient pu finir leur histoire. Se succèdent dinés tardifs estivaux, naïve chasse aux œufs de Pâques, peur nocturne d’enfant du vent dans les bouleaux. Le carnaval des réminiscences la rend fiévreuse. Elle tend son bras se saisissant d’une pêche de la corbeille. Sa main s’enroule dans un tissage fibreux.
Le spectacle des temps morts reprend.
20. 01. 2024 JOUR 14